Royan
La petite ville en bord de mer
Après la guerre de Cent Ans, la région de l’estuaire, terre de refuge pour un grand nombre de protestants, ne peut se soustraire aux affres des guerres de Religions. Le fait le plus marquant reste sans doute le siège de Royan, en 1622, par Louis XIII en personne qui, pour vaincre la résistance des huguenots, fait raser la ville. Dans les mémoires du duc d’Epernon, qui seconde son roi dans cette épreuve, on peut lire : « C’était une petite ville au bord de la mer, sur une hauteur inaccessible du côté de l’eau ; l’élévation du rocher résistant à l’impétuosité des vents faisait au bas du précipice un petit havre fort assuré pour les vaisseaux dont il était capable. Ce havre était défendu par un vieux rocher, et au milieu du rocher on avait aplani un petit chemin qui conduisait au havre par une des portes de la ville ».
Un Royannais en Acadie
Avant que n’éclatent tous ces conflits, un Royannais va tenter sa chance dans l’aventure du Nouveau Monde, avec la bénédiction du roi Henri IV. Ce Royannais est Pierre du Gua de Mons qui a vendu son château - et les biens de son épouse - pour financer une expédition en Acadie. Il sera nommé vice-amiral et lieutenant général de toutes les mers, et confiera les missions suivantes à son propre lieutenant, Samuel Champlain, un autre Saintongeais. Champlain explorera l’Acadie, les côtes de la Nouvelle-Angleterre, créera Quèbec et pousuivra ses découvertes jusqu’à la région des Grands Lacs.
Royan, chef-lieu de canton
En 1790, Vallet de Salignac est élu premier maire de la commune de Royan qui perd son titre de marquisat pour être élevée à la dignité de…chef-lieu de canton. Saint-Georges-de-Didonne est rattachée à Saujon. Semussac, Meschers et Talmont dépendront de Cozes.
L’arrivée du Consulat remet un peu d’ordre dans les esprits échauffés et l’Empire napoléonien apporte les crédits nécessaires au renforcement de l’embouchure. La chute annoncée de l’empereur incite alors les Anglais à reprendre les armes - si tant est qu’ils les aient abandonnées - pour venir obstruer, une nouvelle fois, la Gironde et se rendre maîtres de Royan et de Bordeaux, en 1814. La Restauration et les régimes suivants n’apporteront guère de changements.
Les Estuariens du XIXe siècle
A partir du règne du Second Empire, la ville de Royan va compter plus de 2 000 habitants, en majorité protestants. Ils se sont installés principalement le long de la grande Conche, dans des maisons sans confort tournant le dos à la mer. L’état sanitaire laisse un peu partout à désirer. Le port protège toujours quelques barques de pêche et de cabotage, et une vingtaine de chaloupes, propriété des pilotes. Les autres villages de l’estuaire sont peuplés de nombreux paysans puis d’anciens viticulteurs qui, victimes du phylloxéra, se reconvertiront peu ou prou à la pêche.
Les jeunes gens appelés à servir l’Armée mesurent en moyenne un mètre soixante-quatre. Les hommes des marais, plus trapus et résistants, semblent peu enclins à se déplacer. Ceux de la côte se différencient par leur ouverture sur le monde et leur disponibilité pour partir naviguer au loin, ou se battre. Les Saintongeais sont généralement moins disposés à devenir - à quelques exceptions près - des marins au long cours. Leur vocation se rapproche davantage de la terre sur laquelle ils sont nés et sur laquelle ils retournent pour y finir leur vie.
Catholiques et protestants croient en un même Dieu, mais manifestent quelques craintes lorsqu’il s’agit de diableries, de jets de sort. Les Royannais et leurs voisins sont généralement plus coquets que les autres Estuariens ; les bourgeois portent pantalon et redingote, les paysans une veste et les marins un chandail. Ces derniers sont généralement coiffés d’un bonnet, à l’exception des jours de fêtes qui donnent l’occasion de sortir les chapeaux à larges bords. Les femmes restent fidèles aux costumes régionaux et surtout à la coiffe.
A l’exception de la Saint-Jean et de la Saint-Louis, les distractions se font plutôt rares. Les jeunes gens en profitent pour se rassembler autour des feux de joie et danser. Les plus anciens se retrouvent dans les cabarets pour jouer aux cartes ou aux quilles. Les veillées de l’été donnent l’occasion de se réunir entre familles et amis.
La capitale de la Côte de Beauté
A Royan, un certain Avrillaud créé, pour la première fois, en 1816, un café digne de ce nom : le Café des Bains. De son côté, la municipalité trouve, non sans peine, quelques crédits pour aménager la zone de Foncillon, jusque-là demeurée déserte. Et commence par planter des tamaris.
Dans la même période, le consul des Etats-Unis à Bordeaux finance le premier bateau à vapeur construit en France. « La Garonne » est un navire à aubes qui, à partir de Bordeaux, fait escale à Blaye, Pauillac et Royan.
Dans quelques années vont apparaître les premiers « baigneurs ». La plage de la Conche de Foncillon est réservée aux dames, celle de la grande Conche aux hommes. En 1825, une maison bordelaise installe finalement des cabines de bain.
Royan se transforme rapidement en « station balnéaire » avec un, puis deux casinos. La ville est fréquentée par de nombreuses personnalités qui, en dehors de la baignade et des soirées mondaines, se rendent en excursion sur les plages de Saint-Georges, de Meschers et de Talmont.
La saison balnéaire de 1914 s’annonçait pourtant pleine de promesses lorsque la guerre éclata. Royannais et Estuariens n’en ressentiront que faiblement les effets, mais partageront quelques craintes avec l’apparition de U-Boots, ces sous-marins allemands qui ne cessent de patrouiller au large dans le but d’anéantir les flottes côtières alliées.
Une fois l’armistice signé, les baigneurs reviennent. Les années d’après-guerre sont marquées par une nouvelle extension de la ville et de ses alentours. Elle devient, selon Paul Morand, « l’une des plus grandes stations balnéaires du monde », qui reçoit Emile Zola, Picasso, Sacha Guitry…
L’annonce du second conflit mondial met malheureusement un terme à cette vie pleine d’insouciance. Royan se replie sur elle-même jusqu’au jour où, alors que la France est en partie libérée du joug allemand, survient l’inconcevable et effroyable bombardement qui l’anéantira, le 5 janvier 1945. Royan se relèvera courageusement de ses ruines pour devenir, à nouveau, la capitale de la Côte de Beauté.
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