En continuant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation des cookies afin d'assurer le bon déroulement de votre visite. Plus d'information sur la page des cookies.

Rechercher  

Accueil > Les Archives départementales
Lien
Actualité

Document du mois : Médecins, enfants et tabagisme au XIXe siècle

Document du mois des Archives départementales de la Charente-Maritime.
Mars 2017



 

La lecture de ce document ne manque pas d’intérêt en ces temps de lutte contre le tabagisme. Dans le cadre de la 23e session du Congrès scientifique de France, tenue à La Rochelle en septembre 1856, le Docteur Paul Drouineau (exerçant à l’asile de Lafond à La Rochelle) lit le 9 septembre lors d’une séance réunissant les membres de la 3e section consacrée aux sciences médicales et présidée par le Docteur Paul-Emile Garreau, également médecin à La Rochelle, un mémoire répondant à la deuxième question du programme : « Quelle influence peut avoir l’usage abusif du tabac, surtout chez les enfants ? »

 

Mais qu’est-ce qu’un enfant en 1856 ?
Si, culturellement et socialement, l’on considère que l’entrée dans le monde du travail marque la fin de l’enfance, alors l’enfance s’arrête à l’âge de 8 ans, âge légal minimum d’admission dans les manufactures de plus de 20 ouvriers. Mais il est plus juste de retenir ce qu’en dit la loi à cette époque, et précisément la loi sur le travail des enfants dans les manufactures votée le 22 mars 1841 qui, en plus de fixer cet âge minimum de 8 ans pour travailler, détaille les conditions du travail d’un enfant jusqu’à 16 ans. Aussi, juridiquement, un enfant est-il considéré comme tel jusqu’à cet âge-là.

 

Le Docteur Drouineau expose d’abord que l’usage abusif du tabac marque une dégradation des mœurs, étant entendu que cette « manie puérile et vaniteuse » provoque assurément un « abaissement des facultés intellectuelles et morales », que fumer abondamment échauffe la bouche, provoquant un fort besoin de boire souvent, d’où une perte précieuse de temps (en plus de sa santé) à abuser de liqueurs fortes. Il lui semble reconnaître l’enfant fumeur à son teint pâle, à ses joues creuses, à son regard éteint, à une surexcitation qui le prédispose à l’irascibilité et au vice (autant d’indications qui peuvent aider les parents d’aujourd’hui dans leurs recherches de signes susceptibles de démasquer leur enfant qui s’aviserait de fumer à leur insu…). Nous retrouvons enfin des modes de lutte contre le tabagisme qui, de nos jours, font consensus : il est déjà question d’interdire la vente de tabac aux enfants… et surtout d’en augmenter le prix !

 

Ce texte est évidemment discuté par ses confrères médecins rochelais, mais la section décide toutefois que le mémoire sera lu en séance publique*. Le Docteur Rodolphe Meyer fait notamment remarquer au Docteur Drouineau que cette habitude de fumer du tabac n’est pas si dangereuse que cela, que des enquêtes faites en France et en Italie ont « démontré qu’on avait beaucoup exagéré cette influence toxique », allant jusqu’à citer l’exemple « des mousses qui paraissent assez bien se porter malgré l’usage qu’ils font de la pipe ». Le Docteur Pros estime, quant à lui, que le tabac « est utile pour les armées de terre et de mer, et, peut-être pour le médecin qui peut ainsi prévenir la mauvaise influence des miasmes auxquels il est exposé »

 

 

 *Congrès scientifique de France, XXIIIe session tenue à La Rochelle, en septembre 1856, Saint-Jean-d’Angély et Saintes, Durand-Lacurie, 1856, p. 69-70. Cote Arch. Dép. Char.-Mar. : PF 7183

 

> Télécharger le document du mois (PDF - 152 Ko)

Considérations sur le tabac et sur son influence pernicieuse sur la santé et les mœurs dans le jeune âge. La Rochelle, Imp. de J. Deslandes, 1856.

Cote Arch. Dép. Char.-Mar. : BR 7373

 

 


 
Date de publication : 01 mars 2017 - Date de mise à jour : 03 mars 2017