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Rencontres avec Marie-Hélène Lafon

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mhl1Vendredi 8 et samedi 9 mars, Marie-Hélène Lafon a rencontré de nombreux lecteurs dans deux médiathèques de notre réseau : Saint-Pierre d'Oléron et Surgères où elle nous a délivré une "leçon de littérature" répondant tout à tour aux question sur son œuvre et nous lisant avec délectation des extraits de ses œuvres..

Depuis plus de 20 ans, je suis le travail de cette auteure née dans le Cantal où elle a passé toute sa jeunesse.

Après des études en pensionnat religieux à Saint-Flour, elle monte à Paris étudier à La Sorbonne et est agrégée de grammaire en 1987.

Depuis elle enseigne les lettres classiques à Paris.

 Elle écrit depuis une vingtaine d'années et a été récompensée par de nombreux prix : Prix Renaudot des lycéens en 2011 pour "Le Soir du chien", Prix Page de libraires en 2009 pour " l'Annonce", Prix du style en 2012 pour "Les Pays" et Prix Goncourt de la nouvelle en 2016 pour "Histoires".

Son actualité, c'est la sortie du livre d'entretien avec un journaliste spécialisée dans les écrits sur la montagne, Fabrice Lardreau, où elle nous fait découvrir son jardin secret, son pays premier : le Cantal et ses montagnes moyennes où "il n'y a que deux saisons : l'hiver et le 15 août" ! Marie-Hélène Lafon se prête au jeu de l'anthologie en partageant ses textes préférés sur la montagne de Vialatte à Giono en passant par Luc Lang, une chanson aussi , dont elle dit qu'à elle seule elle résume "sa" montagne :

Elle s'est soumise de bonne grâce et avec beaucoup d'énergie au jeu des questions :

Ses débuts dans l'écriture :

C'est son instituteur qui l'a initié au plaisir de la lecture (Pergaud, Genevoix, Jules Renard) mais les livres étaient rares , souvent relus.

Ses "lectures inaugurales" commencent par Madame Bovary découvert en classe de quatrième où elle dit n'y avoir rien compris mais être tombé dans la littérature et "for ever" dans la langue de Flaubert, le "boss", auquel elle consacre un livre, en 2018, dans la collection " Les auteurs de ma vie" qui invite des écrivains d’aujourd’hui à partager leur admiration pour un auteur classique dont la lecture a particulièrement comptée pour eux.

Puis elle découvre Richard Millet avec " la Gloire des Pythre" , "Les Vies minuscules" de Pierre Michon mais aussi Pierre Bergounioux et Calaferte.

C'est en 1996 , qu'elle commence à écrire, après avoir envoyé une nouvelle à Pierre Michon, son "père de littérature", qui l'encourage à travailler encore et à persister.

Elle a 34 ans quand son premier roman "Le Soir du chien" est publié en 2011 chez Buchet-Chastel.

Marie-Hélène Lafon commence par écrire des nouvelles car cela lui paraît plus facile et, petit à petit, elle s'autorise à donner plus d'ampleur, plus de souffle à ses récits.

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Son travail d'écrivain :

Depuis, ce sont une vingtaine d'ouvrages, essentiellement des romans et des nouvelles, quelques livres inclassables aussi comme le délicieux "Album" pu le très important "Chantiers" , important pour connaître son travail, la façon dont elle aborde un livre comme un "chantier"...Son travail d'écrivain y est dépeint comme celui d'un artisan face à son établi, comme si elle travaillait le texte comme une matière première...

Elle se dit facilement besogneuse , "travailleuse du verbe" ; sa formation d'agrégée de grammaire expliquant sans doute son désir de "maîtriser" la langue.

Ses thèmes :

Dans tous ses livres , que l'action ténue se déroule sur les terres de son Cantal natal ou en plein douzième arrondissement de Paris, c'est souvent de la solitude dont il s'agit, des "vies minuscules" chères à Pierre Michon, des gens de peu, des "derniers indiens" comme disaient ses parents.

 Son terreau c'est la France agricole, dépeinte avec âpreté, celle de son enfance , de ses parents...ce monde paysan qui disparaît peu à peu , qui perd sa tradition, son rapport à la terre, aux éléments, à sa propre dignité....

La place de l'autobiographie y est grande notamment dans la trilogie inaugurée en 2008 par "les Derniers indiens "où Jean et Marie, frère et sœur célibataires, vieillissent dans la ferme, la maison Santoire, spectateurs de la vie de leurs voisins.

 Vient ensuite "L'Annonce" en 2009 où Paul, agriculteur quarantenaire, las de la solitude , passe un annonce matrimoniale à laquelle répond Annette, jeune femme du Nord avec enfant.

"Les Pays" clôture cette trilogie : c'est le livre de la montée à Paris, de l'arrachement du monde des origines pour aller s'inventer ailleurs, le roman d'apprentissage de Claire et de ses deux pays : celui d'origine et celui où elle va s"épanouir, de la confrontation avec la ville minérale par rapport à l'enfance terrienne, sans doute le plus autobiographique.

Dans "Nos vies" , elle s'éloigne du monde agricole pour sonder avec délicatesse l’isolement urbain. C'est l'histoire de Jeanne Santoire, septuagénaire, qui imagine la vie des gens qu'elle croise au Franprix de la rue du rendez-vous, Paris 12ème arrondissement et de Gordana, la caissière de la caisse numéro 4 .On y sent, dans le rythme des phrases, la minéralité de la ville, sa trépidance aussi.

viesSon style :

Une écriture " à l'os", peu de chapitres, des phrases courtes, des mots choisi, beaucoup d'imparfait, pas de superflu.

Marie-Hélène Lafon écrit court :  ses titres aussi sont courts ; "les Pays", "Nos vies", l'Annonce", souvent des prénoms ( Joseph, Alphonse, Jeanne) , ses phrases sont courtes mais néanmoins denses.

Elle arrive à cette économie en traquant le mot juste, lisant ses textes à voix haute et retravaillant beaucoup ses phrases.

Pour elle,  "écrire  est une affaire de corps, écrire c'est incarner, donne chair, faire exister ".

 

 

 

Petit retour en image et lecture d'un extrait par l'auteure :

 Retrouvez ici la biographie ainsi que la bibliographie de Marie-Hélène Lafon

Valérie

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